Enseignement du Reikiho : changer de logique

Publié le 8 Avril 2013


Le Reikiho*, tel qu’il s’est développé dans nos pays est, à ma connaissance, la seule méthode dans laquelle on obtient un niveau (un degré) sans avoir à justifier de la maîtrise des techniques et connaissances apprises.
Et, pour accéder au niveau supérieur, l’élève n’a qu’à s’inscrire au stage correspondant – en respectant parfois un délai minimal depuis le stage précédent. Et tout le monde trouve cela normal …
Comme je suis également professeur de Karaté-Do et de Qigong, je suis habitué aux règles et à la logique de transmission des disciplines traditionnelles en Asie. Même si ces règles ont été modifiées pour être en adéquation avec une transmission de masse en Occident, la logique reste globalement la même : l’élève s’exerce régulièrement sous le contrôle et les directives du professeur, puis ce dernier autorise l’élève à se présenter à un examen de niveau. Alors, l’élève n’obtient le grade convoité que s’il passe avec succès un certain nombre de tests devant un collège de professeurs et/ou de pratiquants plus anciens et gradés.
Et somme toute, cette logique n’est pas spécifique aux arts traditionnels asiatiques. C’est la même qui prévaut en Occident, que ce soit à l’école primaire ou à l’université, dans l’enseignement de l’équitation ou de la musique pour ne citer que quelques exemples.

Le Reikiho transmis selon l’héritage de Madame Takata, le fut sous une forme très simplifiée. Cette méthode consistait essentiellement en l’apprentissage :
-    des 5 préceptes,
-    une histoire succincte du Reikiho,
-    un protocole d’autotraitement,
-    un protocole de traitement sur autrui, avec des positions de mains codifiées (et presque toujours en contact direct avec le corps physique du récipiendaire),
-    l’utilisation des 3 symboles du 2ème degré, et d’un 4ème symbole pour le 3ème degré/maîtrise.
Sous cette forme, le Reikiho correspond finalement à une technique de soins très simple, et à une ouverture à la spiritualité. Comme dans beaucoup de disciplines initiatiques venues d’Asie, c’est une version exotérique qui a été transmise dans les premiers temps en Occident. Dans ce système d’enseignement, on comprend qu’il n’y ait rien de très compliqué à apprendre (ni intellectuellement, ni techniquement), et que passer d’un degré à un autre puisse se faire sans véritable test d’intégration de ce qui a été appris.

Mais, depuis que nous avons accès à des enseignements directement en provenance du Japon, nous constatons que la voie du Reikiho est plus élaborée et plus profonde sur bien des points, que nous présentons brièvement ci-dessous.

•    Les 5 préceptes ne sont pas qu’un simple code moral, mais sont profondément reliés aux enseignements du Bouddhisme et de la culture japonaise. Pour en comprendre la portée, il faut au moins avoir quelques références des courants de pensée à l’origine de notre discipline.

•    Les techniques de soins sont plus nombreuses et diverses que le protocole des « 17 positions de mains » transmis par Madame Takata. De plus, la sensibilité et l’intuition du praticien sont très clairement encouragées, de sorte que le mode de soin varie en fonction des cas traités. Or, pour intervenir à bon escient, il faut une finesse et une précision de perception qui ne s’acquière que par une pratique assidue. On ne peut ici se contenter d’appliquer un protocole appris par cœur.

•    Les symboles et les jumons associés (« mantra ») sont mis en œuvre différemment et en lien avec les éléments philosophiques et culturels dont ils sont issus. Là encore, cela implique un réel intérêt pour les courants spirituels qui ont nourri le Reikiho Usui au Japon. Cela donne une dimension vraiment spirituelle à ces symboles et ces jumons, qui vont être le support de pratiques méditatives, plutôt que servir d’outils magiques pour renforcer le « pouvoir » du thérapeute ou lui obtenir une place de parking ! C’est pourquoi leur usage est censé être temporaire, le temps que le pratiquant ait développé la qualité de sa connexion au Reiki.

•    Comme tout art traditionnel ou voie spirituelle, le Reikiho est constitué d’exercices - intégrant une pratique de la respiration, de la méditation, avec des gestes (mûdra) et des sons (jumons / kototama). Et ces exercices doivent permettre à l’élève d’améliorer sa sensibilité à l’énergie, sa maîtrise technique, et de travailler à sa transparence spirituelle jusqu’à l’éveil. Ce cheminement ne se fait pas au hasard, et il est vérifiable par l’enseignant.

Dans cette version plus complète du Reikiho, la progression d’un degré à l’autre ne peut se faire sur la simple initiative de l’élève, avec pour seule contrainte sa capacité à payer le prix du stage. Ici, c’est l’assiduité, la régularité et le travail effectif réalisé par l’élève sous la guidance du professeur qui permet une réelle intégration de l’enseignement.
Traditionnellement au Japon, les élèves participaient régulièrement à des rencontres (ateliers souvent hebdomadaires) pour pratiquer, suivre l’enseignement et recevoir le Reiju. Et, lorsque le professeur constatait les progrès réalisés par un élève, il lui proposait d’accéder au niveau suivant.
Tout comme en Qigong (ou en Karaté-Do), un élève peut assister aux cours hebdomadaires pour débutants, et à des ateliers ou des stages, pendant deux ou trois années ou plus, avant de pouvoir assister à des cours réservés aux élèves avancés.
Nous voyons là que, contrairement aux pratiques les plus répandues en Reikiho occidental, il n’est plus question qu’un élève participe à un stage pour réapparaître quelques mois ou quelques années plus tard pour s’inscrire à un stage d’un niveau supérieur.
Les enseignements ésotériques du Reikiho proposent une voie de transformation dont les effets sont tangibles et très profonds.
L’effet énergétique des Reiju est important à ce niveau. Et on voit bien l’intérêt de recevoir le Reiju régulièrement comme cela est préconisé dans le Reikiho traditionnel japonais (et non uniquement lors des stages d’initiation comme dans le Reikiho occidental).
Mais, les Reiju ne peuvent qu’initier et favoriser un processus de transformation qui doit ensuite être entretenu et approfondi de manière régulière et méthodique. C’est ce processus qui correspond à la voie initiatique du Reikiho et qui nécessite un véritable accompagnement par un enseignant qui a suivi cette même voie de transformation.

C’est cette logique qui m’a motivé depuis déjà plusieurs années à proposer différentes formes d’accompagnement en plus des stages : ateliers réguliers le vendredi soir ou le week-end, suivi individuel… Et j’envisage de proposer dès la saison prochaine, comme par le passé, des cours hebdomadaires si cela intéresse suffisamment de monde…
J’affirme à nouveau cette tendance en précisant les conditions de suivi de mon enseignement :
Les « degrés » ne seront plus décernés à l’issue des stages. A la fin d’un stage de quelque niveau que ce soit, je délivrerai désormais une « attestation de participation à un stage de découverte de tel degré ».
Le degré en question ne sera reconnu et délivré qu’aux personnes dont j’aurais pu suivre concrètement l’évolution, et vérifier la motivation et la pratique régulière. Ces aspects étant aisément vérifiables, lors des ateliers et/ou en suivi individuel.
Concrètement, en prenant l’exemple du 1er degré : celui-ci ne sera délivré que lorsque j’estimerai qu’une personne est prête à découvrir l’enseignement du 2ème degré (que celle-ci souhaite poursuivre vers le second degré ou pas)…

Dans la même logique et de manière à intégrer les différents enseignements que j’ai reçus en étant libre de les transmettre en fonction de ma propre sensibilité, je crée ma propre école : Ishiki Tai – Toomei Ryu, Le Corps Conscient - Ecole de la Transparence. Comprenons-nous bien, je ne crée pas une nouvelle lignée. Je continue, et plus que jamais à transmettre l’Usui Reiki Ryoho. Mais le mode de transmission et la forme de l’enseignement seront désormais indépendants et spécifiques. Je ne délivrerai donc plus de certificat du Komyo Reiki ou du Gendai Reiki Ho.
 
Bruno Blas

 

* Reikiho : contraction de Usui Reiki Ryoho, terme qui désigne la méthode, à distinguer du terme Reiki qui désigne l'énergie spirituelle

Rédigé par Le Corps Conscient

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